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18 avril 2013 3 Commentaires

Conte Japonais.

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Je déroulais doucement le parchemin.

Il avait l’air de venir d’un passé très lointain.

Dès le premier regard, j’eus un mouvement de recul.

La mort me regardait et allait jusqu’à me tutoyer.

Je ne lui avais pourtant rien demandé, je voulais juste sur le papier la contempler.

J’observais le dessin de l’artiste et je restais incrédule.

Soudain, de l’estampe, le personnage s’échappa.

J’émis un petit cri, tout bas.

Il était hideux avec ses longs cheveux.

Une  bouche pleine de dents, qui renvoyait un sourire vengeur.

Des yeux démoniaques, sans aucune candeur.

Je ne saurais dire s’il était masculin ou féminin.

La méchanceté n’a pas de sexe.

La situation devenant donc très complexe,

J’engageais la conversation avec le défunt.

- Quel est cet enfant qui ne bouge pas?

Point de réponse, il fit un premier pas.

-N’avance pas, reste très loin de moi.

Mais la créature démoniaque aimait terroriser,

Et elle s’approcha encore plus près.

-L’enfant est blessé, laisse moi le sauver.

Seulement la mort ne connait pas la pitié.

Elle est volontairement malveillante,

Et tout particulièrement effrayante.

-Pourquoi tourmentes-tu ce bébé?

Je ne comprenais pas ce mutisme.

Je cherchais en vain la vérité,

N’y voyant pas l’altruisme.

Quand, elle m’attrapa le bras, je crus défaillir.

Sa peau était si froide, son teint si pâle…

Je me débattais mais elle ne lâchait pas prise.

Sa force semblait inhumaine, et j’avais si mal.

C’est terrible comme on peut voir en quelques secondes,

Toute sa vie défiler devant soi, et comprendre que tout va s’arrêter là.

Je savais qu’elle ne m’emmènerait pas au bal.

Mais, qu’elle avalerait goulument mon âme,

J’étais définitivement sous son emprise.

J’allais errer dans ce tableau comme une vagabonde,

Et dans ce monde ne ferais plus un pas.

Mon histoire n’était pas banale,

La curiosité me serait fatale!

Avec mon autre main, n’écoutant que mon courage,

Je saisis l’enfant qui était trop sage.

Il respirait tranquillement, mais ses yeux étaient ailleurs.

Je pensais aussitôt à la légende japonaise,

De cette femme que l’on nomme Ubume.

L’esprit d’un fantôme, d’un yokai ayant enfanté,

Et qui cherchait désespérément à entrer en contact avec son enfant.

Était-elle une mère tout simplement?

J’avais surmonté ma peur, et j’allais lui dire que je n’étais pas d’accord.

Quand ses doigts crochus me libérèrent pour reprendre le trésor.

En moins d’une seconde, le fantôme retourna se figer sur le papier.

J’essayais de lui parler, de le toucher…

Comme la frayeur s’était envolée,

Vexé, il avait décidé de ne rien me révéler.

C’était comme si tout cela n’avait jamais existé.

Je n’ai pas fait de mauvais rêve, je l’ai bien vu.

Mais je reste soulagée qu’il ait disparu.

Qu’il soit retourné au royaume des morts,

Je ne souhaitais pas partager son sort.

26 mars 2013 4 Commentaires

On ne badine pas avec l’AMour

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Albert est menuisier et il n’est pas d’accord! Pas question de construire des charpentes, lui c’est le mobilier et l’ébénisterie qui l’attirent. Sa femme le harcèle, elle veut du sonnant, du trébuchant  à la fin du mois. Mais, il passe son temps à réaliser des jolis buffets, des tables de toute beauté…c’est tout un art et surtout, c’est sa passion.

Il la tient de son père qui la tenait déjà de son grand-père. Une véritable histoire de famille.  Le bois leur parlait depuis toujours. Albert sait reconnaître l’arbre, celui qui parmi tous ceux de la forêt s’exprimera le mieux.   Alors, il le modèle, le tourne, le polit..évite les clous.C’est tellement plus beau quand chaque morceau s’imbrique, bois contre bois comme les pièces d’un puzzle.

Mais, sa femme le fatigue à venir l’épier sans arrêt dans son atelier. Parfois, il a envie de l’assommer. Au début de leur mariage, elle n’était pas comme cela. Elle l’encourageait, venait le voir pour déposer un baiser, une caresse, lui apporter un thé ou un café…Où sont tous ces gestes attentionnés? Où sont-ils passés?

Elle, encore si jolie malgré les années et ce tour de taille quelque peu arrondi. Elle, dont les yeux enjôleurs le rendaient fou. Où sont les étoiles, la passion?  Elle ne sait même plus comment sourire.

La vie ne leur a pas offert d’enfant. Est-ce pour cela qu’elle est aigrie?

Alors, pour palier ce manque de sentiments, il ponce, il scie, il lime, il façonne, il tronçonne, il débite, il….

C’est comme s’il modelait le monde à son image.

Mais, quand la journée de labeur se termine, le monde n’a jamais la couleur qu’il désire.

Ce soir là, elle cria plus que d’ordinaire. Il se fâcha et pour éviter toute violence alla s’enfermer dans son atelier.

Pour la première fois, ils ne dormiraient pas dans le même lit.

Elle fit longtemps les cent pas dans sa cuisine. Elle semblait réfléchir. Elle avança vers la porte d’entrée, recula, avança de nouveau et finalement se dirigea vers l’atelier.

Se disputer ne l’amusait guère. Elle souffrait au plus haut point mais sa fierté n’en laissait rien paraître. Ce soir, c’était au dessus de ses forces, elle ne pouvait plus continuer ainsi.

Des sentiments, elle en avait toujours. Ils étaient juste ancrés un peu trop profondément en elle. Depuis combien de temps n’avait-elle pas senti son coeur palpiter? Depuis combien d’années n’avait-elle pas  eu envie de donner et de recevoir? Pourquoi avoir fermé la porte à clef?

Elle ouvrit tout doucement la porte et sur la pointe des pieds se dirigea vers l’établi.

Il était là et autour de lui, des centaines de statuettes…à son effigie. Elle était là, partout à la fois, toute de bois, dans toutes les postures, belle et souriante comme  à 20 ans.

Tout l’amour qu’elle lui avait refusé, il l’avait mis dans ses oeuvres, chaque soir. Les petits personnages fourmillaient de détails. L’arrondi d’une hanche, le galbe d’un sein, des  jambes croisées  ou non…une ride…

Quand il la vit, il baissa les yeux. Une larme roula sur sa joue. Une larme de tristesse…

Elle posa délicatement sa main sur la sienne.

Elle allait entamer le dialogue quand il lui posa un doigt sur la bouche, lui intimant de garder le silence.

Il se leva, la regarda un instant droit dans les yeux, puis se dirigeant vers la sortie, il lui dit simplement:

- » Notre Amour est mort. Tu l’as achevé ce soir. Cela fait si longtemps que je t’attends.  à l’achèvement de chaque statuette, c’était un peu de toi qui disparaissait. Aujourd’hui c’était la dernière…Je viens d’écrire le mot fin. »

Elle ne pouvait pas parler. Aucun son ne sortait.

Elle tendit simplement les bras.

Il ne se retourna même pas quand il franchit la porte.

Elle comprit aussitôt qu’on ne badine pas avec l’Amour.

23 mars 2013 5 Commentaires

Bribes de vie

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En ce moment, il est un peu triste, l’homme qui dans son canapé ce matin lit le journal accompagné d’un grand café!

Il attend qu’elle se lève. Il est de toute façon toujours le premier au petit déjeuner. Il ne travaille plus mais les journées sont tout de même trop courtes. Il a tellement de choses  à faire. Il ne s’ennuie jamais car en dehors il a des activités. Il veut rester jeune alors il bouge, il rencontre des gens. Il est curieux de tout dans ce monde qui change à toute allure.

Ce jour est spécial pour lui. Il est  à l’honneur mais il a un peu peur. Pas facile d’être sous les feux de la rampe. Le temps l’entraîne inexorablement  et il sait bien qu’il ne peut revenir en arrière. Changerait-il quelque chose? Non. Ce qu’il a fait,  il peut en être fier.  Ce fut toujours en accord avec lui-même. Sévère mais juste, c’est ainsi qu’on le définit chez lui. Tous sont restés unis malgré les petits « bobos » , les tracas, les soucis. Les dîners en famille sont des jours de fête. On dialogue, on rit, on tempête sous la neige ou le soleil. De toute façon il fait bon vivre.

Pourtant, parfois, du côté du coeur, il sent un peu de vide. C’est le sort que  réserve le temps qui émousse les sentiments.

Elle vient de se lever. Il l’entend. Elle enfile un peignoir.

Il lui verse un café dans sa tasse habituelle. Un cadeau des enfants lors d’une fête des mères.

Elle s’assied en face de lui, le regarde. Elle lui dit qu’elle a mal dormi et que ce matin, il faut se dépêcher.

Alors, il sort de sa torpeur et file sous la douche.

Là, seul, il se surprend  à rêver d’une autre vie, en un autre lieu, avec d’autres gens…

Mais cela ne dure qu’un instant,  il se secoue. Il sait que l’on n’est jamais content de son sort.

Vieillir  parfois fait peur.

Heureusement, il n’est pas seul. Il ne sera jamais seul. Cela suffit à lui redonner le sourire. Parfois, on a besoin d’être rassuré pour continuer le chemin.

 

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9 mars 2013 2 Commentaires

Ailleurs

Ailleurs dans textes courts

Fabian Perez – Tablao flamenco

 

Manuela est une jeune femme formidable. Elle a le cœur toujours du côté du soleil.

Sa passion : la danse! Plus exactement, le flamenco!

Quand elle revêt sa robe à volants rouges avec de gros pois noirs, qu’elle se maquille les yeux aux couleurs de la nuit la plus sombre et qu’elle « chausse » les castagnettes…Quel régal!  Dans la troupe, on ne voit qu’elle.

Elle vient d’une famille de danseurs…toutes et tous, de père en fils, de mère en fille…La danse, c’est toute leur vie.

Il ne se passe pas de repas le week-end ou les jours de fête sans que la danse ne s’invite entre eux. Les cousins accompagnent à la guitare et soudain, c’est toute l’Espagne qui brille dans leurs yeux.

Mais, le flamenco joue aussi la séduction…avec acharnement! Quand Manuela s’échauffe et qu’elle claque des pieds de plus en plus vite, de plus en plus fort… C’est la tête qui nous tourne…Elle entre en transe et on a l’impression alors qu’elle n’est plus humaine…que le démon du flamenco la possède toute entière, à en devenir indécent.  Elle soulève ses jupons, le port de tête est droit et fier, ses yeux lancent des poignards…le geste est précis, même la guitare a du mal à la suivre…Elle s’acharne ainsi jusqu’à ce qu’à bout de force, elle tombe à genoux.

Alors, comme lors d’une ultime étreinte, elle relève la tête, ses mouvements sont plus lents, plus sensuels aussi. Elle s’évente, elle a chaud.  Elle entame le dernier couplet de cette danse comme on le ferait avec une poésie. C’est  un au-revoir mais c’est la douleur d’un adieu que l’on ressent.

Danser, c’est toute sa vie. C’est ainsi qu’elle exprime ses sentiments, tantôt gagnants, tantôt perdants…Manuela n’imagine pas parler aux gens autrement. Car, Manuela est muette et c’est par la danse qu’elle vous crie «je t’aime ».

24 février 2013 3 Commentaires

Troubadour

Troubadour dans textes courts images

En Aquitaine, à l’entrée du château, se présenta un troubadour.

Bien fait de sa personne, présentant bien, on lui ouvrit toutes les portes. Il fut présenté au seigneur des lieux qui lui demanda de rester quelques temps pour offrir des chansons et de la poésie à ses invités. Il avait reçu un trouvère l’année précédente mais au pays de la langue d’Oc, celui-ci n’avait pas eu de succès.

La plupart du temps, on assistait à des représentations de saltimbanques, des montreurs d’ours, des cracheurs de feu, des jongleurs…Parfois, une troupe de danseuses…Quelques ménestrels  narrant autrefois des chansons de gestes.

Les chevaliers et autres combattants, en grande majorité, incultes, béotiens et philistins, n’appréciaient guère les belles paroles. Ils mangeaient et discutaient bruyamment et personne ne les ferait taire. À qui le paon, le sanglier et autres mets délicieux arrosés de vin, par tonneaux.  Manger avec les mains, s’essuyer dans ses vêtements quand une nappe ne recouvrait pas la table…Pas d’oreille pour les mots.

Mais, le seigneur avait à sa table des membres de la cour qui appréciaient le calme et l’érudition. Il le paya rubis sur ongle. L’affaire  étant entendue, on le conduisit dans ses quartiers, où il commença à écrire de nouveaux versets. S’accompagnant de son psaltérion, il chercha la mélodie. Son désir le plus cher étant d’appartenir à un seigneur afin de pouvoir manger chaque jour à sa faim. Il n’en pouvait plus de courir sur les routes par tous temps, à l’affût de la moindre fête où proposer ses services. Il était fatigué et errer ainsi ne lui permettait pas de composer comme il le souhaitait.

Dans sa petite chambre, il trouve un lit, une chaise et une table, il aimerait séjourner durablement. D’ordinaire sur la paille, dans la grange, parfois à même le sol. Il s’épuise dans cette vie dure et solitaire. Il a à peine plus de vingt ans et déjà le moral en berne. Il se lève, regarde par la petite fenêtre des escaliers le soleil qui joue avec les nuages. Dans les champs, les paysans font une pause. Les femmes viennent partager le repas avec eux. On entend des rires. C’est vrai que le printemps est revenu et avec lui la bonne humeur, le sourire des enfants, le sentiment d’amour dans les cœurs, naissant. Quelle belle saison que celle-ci.

Notre troubadour est rêveur. Son regard tout à coup se porte sur une jeune-femme dans la cour du château. Elle caresse un cheval et s’apprête à rentrer dans la demeure. De longs cheveux blonds, une robe d’un vert très tendre…Il ne voit pas son visage mais déjà l’imagine belle et envoûtante.

Le cœur du poète bat si fort tout à coup, il est sous le charme. La voici son inspiration. Cupidon vient de le toucher en plein  cœur et il sait qu’il n’existe pas de remède.  Lui, petit troubadour, elle, gente Dame.

Alors, il travaille toute la nuit et les vers lui viennent avec une telle facilité qu’il s’en effraie. Se pourrait-on qu’il aime déjà trop? Tout le jour, il tourne et tourne encore les mots qui lui sont des maux. Il sait qu’il n’est pas digne d’être aimée de la belle. Et l’amour s’il en est, sera courtois. Mais, un seul sourire d’elle et il sera comblé.

Quand vient le soir, il apparaît dans la grande salle. Ses mains tremblent et son regard cherche la Dame. Elle est là, près de son seigneur. Elle est plus jeune que lui mais les mariages on le sait sont souvent arrangés. Elle a relevé et natté ses longs cheveux d’or. Ses yeux bleus brillent de mille feux. Elle a tout d’un ange. Commence alors la longue litanie des sentiments qui se dévoilent peu à peu. Il oublie les gens tout autour d’eux et ne chante que pour elle. La belle gênée qui l’aperçoit pour la première fois s’interroge, rougit et lui fait les gros yeux. Il se ressaisit alors et entonne tout à tour, air triste, ou gai, chant d’amour et récit de bataille. Il flatte aussi son seigneur et toute la tablée. Tous ont l’air satisfait. Les récits de bataille plaisent particulièrement aux chevaliers. Les paroles d’amour font soupirer les dames. Le feu crépite dans l’énorme cheminée. Le froid de la nuit est resté au dehors. La soirée se prolonge et satisfait, le seigneur le présente. Il peut rester mais pour combien de temps? Combien de jours avant que celui-ci ne se lasse? Combien d’heure avant de retourner sur les chemins? Combien? Il ne pourra désormais plus vivre sans elle.

Il fait la révérence et retourne dans sa chambre après un dernier regard appuyé à sa Dame. Elle se nomme Hortense et c’est bien la plus jolie. Ce soir, les rêves seront doux car, elle ne l’a pas ignoré, lui, tout petit par sa condition mais si grand par son Amour…

« La vie est une succession de moments gais et tristes. Mis bout à bout, ils racontent une histoire. Et, peu importe la fin du chemin si en route, on a rencontré l’amour. »

C’est, ce qu’écrivit vingt ans plus tard notre troubadour en pensant à cette soirée. Sentant ses dernières forces le quitter, il mit sur le papier les cinq années qu’il avait passées au château. Des journées entières à dévoiler son Amour à Hortense. Un Amour chaste et idéalisé car il n’était qu’un petit troubadour. Parfois, leurs mains se frôlaient, le souffle chaud de l’autre sur leur peau les faisait frissonner…

Un baiser! Elle lui donna un seul et unique baiser mais, il le sentit vivre en lui toute sa vie. Un baiser d’une douceur infinie, un baiser chaud et humide. Un baiser qui voulait dire ‘je t’aime ».

Les derniers mots qu’il écrivit affirmaient que l’on n’a pas vécu si l’on n’a pas connu l’Amour…Combien après lui ont écrit et écrivent encore pareilles pensées?

 

La vie est un sommeil, l’amour en est le rêve
Et vous aurez vécu si vous avez aimé.  (A quoi rêvent les jeunes filles) Alfred de Musset

 » Les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu. »   Chamfort

Si toute vie va inéluctablement vers la fin, il faut, tant qu’elle se déroule, la peindre d’amour et d’espoir.

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé - Alphonse De Lamartine

 

 

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