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8 mai 2013 2 Commentaires

Mercy

Mercy dans textes courts ruudvanempel1

 

De ses 1.10 mètres, Mercy est une enfant incroyable. Avec ses couettes perchées tout en haut de sa tête et son collier de perles, elle ne cesse d’étonner les gens. Elle est toujours proprette et travaille bien  à l’école. Elle occupe donc le premier rang, juste devant le maître depuis très longtemps. Son ami, Innocent, qui rêve à longueur de temps est au cinquième et dernier rang. Il se fait tout petit parce qu’il sait que, s’il ne répond pas bien, les autres se moqueront de lui et diront qu’Innocent est un prénom qui lui va vraiment bien.

Elle a du caractère Mercy et les conflits avec ses parents sont fréquents. Maman Sharon crie souvent que c’est  à elle d’aller chercher de l’eau, de s’occuper de son petit frère, de passer un coup de balai…Papa John, lui lance alors un regard très sévère derrière lequel se cache un large sourire édenté. Car, papa John a perdu beaucoup de dents. Elles font entendre un léger zozotement qui fait glousser les enfants. Il n’a jamais grondé, ni même jamais fessé Mercy. Il se contente de lui jeter un regard emprunt de sévérité.

Ce soir, Mercy avant de fermer les yeux voit passer au dessus d’elle un nuage rose. Elle sait qu’il s’agit des flamants roses du lac de Nakuru. Comme elle aimerait parfois y passer une journée, et rencontrer son animal préféré : la girafe de Rothschild. Dans la savane, toujours en groupe, elle évolue, majestueuse, du haut de ses 6 mètres. Quand elle se bat avec une de ses semblables, c’est cou contre cou. L’impact provoque un bruit sourd…semblable  à celui d’un tam tam. Et sa robe…Mercy pourrait parler de la girafe pendant des heures. Elle sait le nom des différentes espèces, leurs habitudes, leur quotidien…

Mais, Mercy connait aussi les autres espèces présentes au bord du lac. Les rhinocéros sont les derniers  à avoir été introduits.  Ils côtoient la gazelle de Grant, les hippopos, les dik-diks, les impalas, les waterbucks…qui se méfient des lions et des léopards. Chacun y vit tranquillement jusqu’à ce que sonne l’heure du repas…c’est alors, chacun pour soi.

Lors d’une promenade en 4X4, elle assista un jour à la naissance d’un buffle. La mère accoucha debout, elle continua de marcher. Le bébé expulsé,  tomba sur le sol. Il n’avait que quelques minutes pour apprendre  à marcher et rejoindre le groupe. Pendant ce temps, il était une proie tellement facile…

Elle avait vu également la lionne chasser pour le roi de la  savane. La petite gazelle qui se trouvait sur son chemin ce jour là n’avait eu aucune chance. La mise  à mort était inévitable et Mercy avait beaucoup pleuré. Elle voulait crier : » sauve-toi petite gazelle, cours plus vite… » mais la distance qui séparait le chasseur de sa proie ne cessait de s’amenuiser. Puis, elle avait observé en silence et noté dans un petit cahier le comportement du lion paresseux qui prend son temps pour manger les meilleurs morceaux. L’irritation de la lionne qui fâchée, reprend sa proie pour la donner  à ses petits…Et, le lion avachi qui s’en va faire la sieste.

Manger  ou être manger. A l’école, elle avait appris la chaîne alimentaire…Quelle leçon!

 

Ce soir, Mercy qui regarde le ciel entend un bruit terrible. Il vient du lac à quelques kilomètres. C’est comme un cri, un hurlement. Elle n’en a jamais entendu de semblable auparavant. Alors, Mercy l’intrépide se lève et enfourche son vélo.  Il est vieux et la peinture a la couleur de la rouille mais, il roule et c’est bien là sa principale utilité a dit papa John alors que d’autres se moquaient.

Elle s’arrête devant la maison d’Innocent et l’appelle tout doucement. Il apparaît  à la fenêtre et lui pose mille questions. Mais, quand elle lui demande de l’accompagner, il refuse tout net. Innocent n’est pas très courageux et, il a très peur de ses parents. Les fessées, il connait par cœur et même très souvent!

Alors, Mercy, n’écoutant que son courage, continue en pédalant. Elle va en direction du bruit. Est-ce celui d’un animal?

Quand il l’entraîne en dehors du sentier, Mercy, ne peut plus rouler. Elle abandonne son deux roues pour continuer  à pieds. Elle a les genoux qui tremblent mais, il lui est impossible de rebrousser chemin.

De plus en plus distincts, elle croit reconnaître les pleurs d’un nourrisson. Mais, que ferait-il dans cet endroit et en pleine nuit se demande Mercy du haut de ses neuf ans.

Le bruit est maintenant tout proche et la pleine lune inonde de clarté le parc. Elle contemple un instant la vallée au relief accidenté. La falaise, les acacias, les cascades…Comme cet endroit est magnifique…

Tout à coup, son regard se porte vers les buissons. Ils bougent. Mercy a elle aussi envie de crier mais, elle s’immobilise et se retient. Elle empoigne une branche qui traîne à ses pieds pour dissuader l’animal qui se cache dans les fourrés. C’est tout son corps qui tremble.

Elle s’approche encore un peu plus et à sa plus grande surprise, découvre là, un nourrisson, un futur guerrier maasaï.

Quand il la voit, il la fixe du regard et cesse de pleurer. Son petit corps simplement vêtu d’un drap rouge a froid. Mercy, le prend dans ses bras. Mais, le petit homme est lourd quand on a 9 ans et que l’on est toute frêle…

Mercy réfléchit et pendant qu’elle cherche une idée, elle voit, une mare de sang, une chaussure et,  plus loin des traces qui ressemblent  fort à celles d’un corps qui s’est débattu mais que l’on a traîné…

La petite fille comprend alors. Ce n’est pas bien sorcier. Manger  ou être manger…

Elle enroule le tissu autour d’elle afin de pouvoir prendre le bébé en bandoulière mais, un animal surgit, attiré probablement par les bruits de l’enfant, par l’odeur aussi.

Une lionne, énorme dans les yeux de Mercy, qui ressemblent maintenant à de grosses billes, se tient devant elle.

Mercy, qui a lâché son bâton, serre l’enfant contre elle. Ses jambes ne la portent plus, elle s’assied par terre et attend. Elle a tout de même le cran de regarder l’animal dans les yeux. La peur s’en est allée  à l’instant même où elle s’est assise, résignée. Elle connaîtra le même sort que la maman du petit maasaï.

La lionne la regarde aussi et les secondes paraissent des heures…

L’animal reste là. L’enfant l’entend respirer. Elle sent son souffle sur ses jambes nues. Le félin ne bouge pas.

Au petit matin, Mercy ouvre les yeux. La fatigue l’ayant emportée au beau milieu de la nuit. Le bébé est toujours là, elle le berce doucement. Mais, la bête a disparu. Seule, l’herbe écrasée devant elle montre encore la forme de l’animal et son passage.

Soudain, elle entend des bruits qui se rapprochent. C’est maman Sharon et papa John qui, accompagnés de certains villageois sont  à la recherche de Mercy. Ils crient encore et encore son prénom.

Mercy se redresse, elle crie aussi. Papa John et maman Sharon courent vers leur petite fille. Les larmes coulent sur leurs joues. Et, tout le village est derrière eux. Résonnent déjà des rires et des bravos.

Quand ils sont tout près de Mercy, ils voient le bébé. Celui-ci vient de se réveiller et il hurle de colère : il a faim.

Alors, heureux et soulagés, ils reprennent le chemin de la maison, main dans la main.

-Ne nous fais plus jamais une peur pareille dit maman Sharon en souriant.

-Heureusement que tu étais allée voir Innocent. C’est lui qui nous a dit où tu étais partie. Tu aurais pu te faire dévorer ou être pourchassée par un rhinocéros… Il ne finit pas sa phrase mais éclate de rire en serrant très  fort sa petite fille contre lui.

 

Si seulement il savait que durant toute la nuit, une lionne a veillé sur son enfant…

Elle lui  a tenu chaud et a tenu à distance les autres prédateurs, sans jamais rugir ni montrer les crocs.

Mais cela, Mercy le gardera pour elle. Ce sera son secret.

Devinez à présent quel est aujourd’hui son animal préféré?

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