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26 mars 2013 4 Commentaires

On ne badine pas avec l’AMour

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Albert est menuisier et il n’est pas d’accord! Pas question de construire des charpentes, lui c’est le mobilier et l’ébénisterie qui l’attirent. Sa femme le harcèle, elle veut du sonnant, du trébuchant  à la fin du mois. Mais, il passe son temps à réaliser des jolis buffets, des tables de toute beauté…c’est tout un art et surtout, c’est sa passion.

Il la tient de son père qui la tenait déjà de son grand-père. Une véritable histoire de famille.  Le bois leur parlait depuis toujours. Albert sait reconnaître l’arbre, celui qui parmi tous ceux de la forêt s’exprimera le mieux.   Alors, il le modèle, le tourne, le polit..évite les clous.C’est tellement plus beau quand chaque morceau s’imbrique, bois contre bois comme les pièces d’un puzzle.

Mais, sa femme le fatigue à venir l’épier sans arrêt dans son atelier. Parfois, il a envie de l’assommer. Au début de leur mariage, elle n’était pas comme cela. Elle l’encourageait, venait le voir pour déposer un baiser, une caresse, lui apporter un thé ou un café…Où sont tous ces gestes attentionnés? Où sont-ils passés?

Elle, encore si jolie malgré les années et ce tour de taille quelque peu arrondi. Elle, dont les yeux enjôleurs le rendaient fou. Où sont les étoiles, la passion?  Elle ne sait même plus comment sourire.

La vie ne leur a pas offert d’enfant. Est-ce pour cela qu’elle est aigrie?

Alors, pour palier ce manque de sentiments, il ponce, il scie, il lime, il façonne, il tronçonne, il débite, il….

C’est comme s’il modelait le monde à son image.

Mais, quand la journée de labeur se termine, le monde n’a jamais la couleur qu’il désire.

Ce soir là, elle cria plus que d’ordinaire. Il se fâcha et pour éviter toute violence alla s’enfermer dans son atelier.

Pour la première fois, ils ne dormiraient pas dans le même lit.

Elle fit longtemps les cent pas dans sa cuisine. Elle semblait réfléchir. Elle avança vers la porte d’entrée, recula, avança de nouveau et finalement se dirigea vers l’atelier.

Se disputer ne l’amusait guère. Elle souffrait au plus haut point mais sa fierté n’en laissait rien paraître. Ce soir, c’était au dessus de ses forces, elle ne pouvait plus continuer ainsi.

Des sentiments, elle en avait toujours. Ils étaient juste ancrés un peu trop profondément en elle. Depuis combien de temps n’avait-elle pas senti son coeur palpiter? Depuis combien d’années n’avait-elle pas  eu envie de donner et de recevoir? Pourquoi avoir fermé la porte à clef?

Elle ouvrit tout doucement la porte et sur la pointe des pieds se dirigea vers l’établi.

Il était là et autour de lui, des centaines de statuettes…à son effigie. Elle était là, partout à la fois, toute de bois, dans toutes les postures, belle et souriante comme  à 20 ans.

Tout l’amour qu’elle lui avait refusé, il l’avait mis dans ses oeuvres, chaque soir. Les petits personnages fourmillaient de détails. L’arrondi d’une hanche, le galbe d’un sein, des  jambes croisées  ou non…une ride…

Quand il la vit, il baissa les yeux. Une larme roula sur sa joue. Une larme de tristesse…

Elle posa délicatement sa main sur la sienne.

Elle allait entamer le dialogue quand il lui posa un doigt sur la bouche, lui intimant de garder le silence.

Il se leva, la regarda un instant droit dans les yeux, puis se dirigeant vers la sortie, il lui dit simplement:

- » Notre Amour est mort. Tu l’as achevé ce soir. Cela fait si longtemps que je t’attends.  à l’achèvement de chaque statuette, c’était un peu de toi qui disparaissait. Aujourd’hui c’était la dernière…Je viens d’écrire le mot fin. »

Elle ne pouvait pas parler. Aucun son ne sortait.

Elle tendit simplement les bras.

Il ne se retourna même pas quand il franchit la porte.

Elle comprit aussitôt qu’on ne badine pas avec l’Amour.

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