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24 février 2013 3 Commentaires

Troubadour

Troubadour dans textes courts images

En Aquitaine, à l’entrée du château, se présenta un troubadour.

Bien fait de sa personne, présentant bien, on lui ouvrit toutes les portes. Il fut présenté au seigneur des lieux qui lui demanda de rester quelques temps pour offrir des chansons et de la poésie à ses invités. Il avait reçu un trouvère l’année précédente mais au pays de la langue d’Oc, celui-ci n’avait pas eu de succès.

La plupart du temps, on assistait à des représentations de saltimbanques, des montreurs d’ours, des cracheurs de feu, des jongleurs…Parfois, une troupe de danseuses…Quelques ménestrels  narrant autrefois des chansons de gestes.

Les chevaliers et autres combattants, en grande majorité, incultes, béotiens et philistins, n’appréciaient guère les belles paroles. Ils mangeaient et discutaient bruyamment et personne ne les ferait taire. À qui le paon, le sanglier et autres mets délicieux arrosés de vin, par tonneaux.  Manger avec les mains, s’essuyer dans ses vêtements quand une nappe ne recouvrait pas la table…Pas d’oreille pour les mots.

Mais, le seigneur avait à sa table des membres de la cour qui appréciaient le calme et l’érudition. Il le paya rubis sur ongle. L’affaire  étant entendue, on le conduisit dans ses quartiers, où il commença à écrire de nouveaux versets. S’accompagnant de son psaltérion, il chercha la mélodie. Son désir le plus cher étant d’appartenir à un seigneur afin de pouvoir manger chaque jour à sa faim. Il n’en pouvait plus de courir sur les routes par tous temps, à l’affût de la moindre fête où proposer ses services. Il était fatigué et errer ainsi ne lui permettait pas de composer comme il le souhaitait.

Dans sa petite chambre, il trouve un lit, une chaise et une table, il aimerait séjourner durablement. D’ordinaire sur la paille, dans la grange, parfois à même le sol. Il s’épuise dans cette vie dure et solitaire. Il a à peine plus de vingt ans et déjà le moral en berne. Il se lève, regarde par la petite fenêtre des escaliers le soleil qui joue avec les nuages. Dans les champs, les paysans font une pause. Les femmes viennent partager le repas avec eux. On entend des rires. C’est vrai que le printemps est revenu et avec lui la bonne humeur, le sourire des enfants, le sentiment d’amour dans les cœurs, naissant. Quelle belle saison que celle-ci.

Notre troubadour est rêveur. Son regard tout à coup se porte sur une jeune-femme dans la cour du château. Elle caresse un cheval et s’apprête à rentrer dans la demeure. De longs cheveux blonds, une robe d’un vert très tendre…Il ne voit pas son visage mais déjà l’imagine belle et envoûtante.

Le cœur du poète bat si fort tout à coup, il est sous le charme. La voici son inspiration. Cupidon vient de le toucher en plein  cœur et il sait qu’il n’existe pas de remède.  Lui, petit troubadour, elle, gente Dame.

Alors, il travaille toute la nuit et les vers lui viennent avec une telle facilité qu’il s’en effraie. Se pourrait-on qu’il aime déjà trop? Tout le jour, il tourne et tourne encore les mots qui lui sont des maux. Il sait qu’il n’est pas digne d’être aimée de la belle. Et l’amour s’il en est, sera courtois. Mais, un seul sourire d’elle et il sera comblé.

Quand vient le soir, il apparaît dans la grande salle. Ses mains tremblent et son regard cherche la Dame. Elle est là, près de son seigneur. Elle est plus jeune que lui mais les mariages on le sait sont souvent arrangés. Elle a relevé et natté ses longs cheveux d’or. Ses yeux bleus brillent de mille feux. Elle a tout d’un ange. Commence alors la longue litanie des sentiments qui se dévoilent peu à peu. Il oublie les gens tout autour d’eux et ne chante que pour elle. La belle gênée qui l’aperçoit pour la première fois s’interroge, rougit et lui fait les gros yeux. Il se ressaisit alors et entonne tout à tour, air triste, ou gai, chant d’amour et récit de bataille. Il flatte aussi son seigneur et toute la tablée. Tous ont l’air satisfait. Les récits de bataille plaisent particulièrement aux chevaliers. Les paroles d’amour font soupirer les dames. Le feu crépite dans l’énorme cheminée. Le froid de la nuit est resté au dehors. La soirée se prolonge et satisfait, le seigneur le présente. Il peut rester mais pour combien de temps? Combien de jours avant que celui-ci ne se lasse? Combien d’heure avant de retourner sur les chemins? Combien? Il ne pourra désormais plus vivre sans elle.

Il fait la révérence et retourne dans sa chambre après un dernier regard appuyé à sa Dame. Elle se nomme Hortense et c’est bien la plus jolie. Ce soir, les rêves seront doux car, elle ne l’a pas ignoré, lui, tout petit par sa condition mais si grand par son Amour…

« La vie est une succession de moments gais et tristes. Mis bout à bout, ils racontent une histoire. Et, peu importe la fin du chemin si en route, on a rencontré l’amour. »

C’est, ce qu’écrivit vingt ans plus tard notre troubadour en pensant à cette soirée. Sentant ses dernières forces le quitter, il mit sur le papier les cinq années qu’il avait passées au château. Des journées entières à dévoiler son Amour à Hortense. Un Amour chaste et idéalisé car il n’était qu’un petit troubadour. Parfois, leurs mains se frôlaient, le souffle chaud de l’autre sur leur peau les faisait frissonner…

Un baiser! Elle lui donna un seul et unique baiser mais, il le sentit vivre en lui toute sa vie. Un baiser d’une douceur infinie, un baiser chaud et humide. Un baiser qui voulait dire ‘je t’aime ».

Les derniers mots qu’il écrivit affirmaient que l’on n’a pas vécu si l’on n’a pas connu l’Amour…Combien après lui ont écrit et écrivent encore pareilles pensées?

 

La vie est un sommeil, l’amour en est le rêve
Et vous aurez vécu si vous avez aimé.  (A quoi rêvent les jeunes filles) Alfred de Musset

 » Les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu. »   Chamfort

Si toute vie va inéluctablement vers la fin, il faut, tant qu’elle se déroule, la peindre d’amour et d’espoir.

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé - Alphonse De Lamartine

 

 

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