Plius

8 mai 2016 7 Commentaires

Idées nocturnes

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Il marche sur le côté, faisant face aux lueurs des phares. Il est tel le somnambule, happé par des rêves qui chamboulent sa tête et son coeur. Tel un funambule, il risque le tout pour le tout. Si à la fin de la nuit, il est toujours là,  il l’appellera et lui dira tout.

Aveuglé par la lumière, il s’imagine déjà de l’autre côté. Comment cela doit-il être ? Personne n’en est jamais revenu. 

Il perd pied, l’imagination a pris la place du concret. Il n’a plus les pieds sur terre. 

Quand elle lui a dit ;  la déchirure fut fulgurante. Tel un éclair, le cœur coupé en deux : ne lui restait que ses yeux pour pleurer, sa bouche pour hurler, ses mains pour supplier.

La vie ne suit pas toujours le chemin qu’on lui avait tracé. Au travers des lacets, parfois elle s’échappe. Un virage et hop, la voilà disparue, vous voici déchu.

Et pourtant, vous vous accrochez. Vous croisez les doigts, vous voulez croire. Il est des verres que l’on voit toujours  à moitié plein et c’est ce qui vous fait tenir.

En équilibre,  il joue avec son ombrelle que le vent fait tournoyer. La vie c’est toujours compliqué. 

On vise les étoiles et on est content lorsque l’on touche seulement le premier nuage du bout des doigts et sur la pointe des pieds. C’est l’espoir qui nous nourrit, un sourire qui nous retient, un mot qui nous illumine.

On peut être seul au milieu de tous et s’en accommoder, c’est une question de caractère.

Le clown fait rire mais en coulisse il a le sourire en forme de croissant de lune inversé et personne ne le sait. Il cache avec pudeur toutes les émotions de son coeur pour vous plaire. C’est le métier le plus difficile.

Notre piéton de la nuit le sait. Il a égayé ses journées sans jamais faiblir mais elle s’est lassée. Les sentiments s’envolent au premier coup de vent et si c’est la tempête rien ne les arrête. Ils partent si loin que le plus vaillant des pirates sur les flots perdra leurs traces, que le plus grand de tous les rois sur eux ne régnera pas, que le plus preux des chevaliers osera déclarer forfait. Notre piéton nocturne vient de l’apprendre à ses dépends. Un mot déplacé qui crée des maux insensés faisant tellement mal en dedans qu’ils restent gravés à jamais.  

Comme un drapeau  en berne, la fin d’un tout, c’est le début d’un rien !

Et rien, ce n’est vraiment pas grand chose.

Alors, désespéré, il marche sur le côté, faisant face aux lueurs des phares. Il est tel le somnambule, happé par des rêves qui chamboulent sa tête et son cœur. Tel un funambule, il risque le tout pour le tout. Si à la fin de la nuit, il est toujours là,  il l’appellera et lui dira tout.

 

 

 

2 mai 2016 1 Commentaire

LE GOÛT DES MERVEILLES

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Date de sortie 16 décembre 2015 (1h 37min)
Genres ComédieRomanceDrame
Nationalité Français

SYNOPSIS ET DÉTAILS

Au cœur de la Drôme provençale, Louise élève seule ses deux enfants et tente de préserver l’exploitation familiale. Un soir, elle manque d’écraser un inconnu au comportement singulier. Cet homme se révèle vite différent de la plupart des gens. Et sa capacité d’émerveillement pourrait bien changer la vie de Louise et de sa famille.
Un film vrai ! Plein de sincérité. On est sous le charme, des acteurs, des dialogues, du paysage….La naissance d’un couple improbable et pourtant…Un film qui donne de l’espoir et qui donne envie d’y croire. Virginie Efira , sobre et convaincante. Benjamin Lavernhe juste.
A voir absolument !
10 avril 2016 2 Commentaires

KIMONO DU DESIR Chapitre 12

Chapitre 12:

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Aïna était encore en train de dormir quand  on vint la quérir.

-Lève-toi et prépare-toi, ton danna est là.

Emergeant trop doucement au goût d’Ôga, la jeune femme fut secouée, tirée par les pieds et  donc de très mauvaise humeur.

Elle fit aussi vite qu’elle pût pour être prête rapidement mais attacher un obi  demandait de la dextérité si l’on voulait  bien le nouer autour de la taille.  Quant à sa coiffure, elle préféra ne pas y penser.

Elle fit donc un brin de toilette et garda les cheveux longs. Aïna revêtit simplement une nuisette et un  déshabillé de soie puis s’aspergea d’un parfum légèrement citronné qui avait la propriété de la réveiller car il lui picotait les narines. Elle prit le temps de maquiller ses yeux. Un trait de crayon noir pour intensifier son regard et l’agrandir.

 Enfin, satisfaite, la geisha se rendit au salon.

 -Ce n’est pas trop tôt !

Monsieur Takeda paraissait de fort méchante humeur.

-Un bonjour m’aurait suffit minauda la jeune-femme avec malice.

Contre toute attente, l’homme eut un rictus qui ressemblait à un sourire mais qui disparut aussi vite qu’il était apparu.

-J’ai besoin de votre présence ce soir. Nous préparons la vente d’un nouveau médicament à l’international. Les acheteurs n’ont pas encore signé. Je compte sur votre délicate intelligence pour les convaincre. Mon chauffeur vous apportera une nouvelle tenue. Je vous veux impeccable ! Nous serons en petit comité.

Ne soyez pas effrayée, ceux-ci finiront la soirée en compagnie de jeunes femmes aux mœurs plus légères. Vous n’aurez pas  à les accompagner.

 Il avait parlé.

Une longue phrase.

Monsieur Takeda avait même souri l’espace d’un instant.

 Aïna allait répondre quant il lui coupa la parole.

-Vous détestez obéir et plus encore quand c’est un ordre, mais c’est ainsi. Vous vous y ferez.

 Il lui tourna le dos, et alors qu’il passait la porte lança avec un sourire franc cette fois :

-Au fait, très joli ce déshabillé. Vous êtes magnifique même au réveil.

 La jeune femme baissa la tête et le regarda s’en aller.

Ce commandant n’était pas si désagréable après tout. Il n’abusait pas d’elle physiquement, seulement de sa présence. Par ces quelques mots échangés, il avouait finalement  la trouver spirituelle. Elle en était flattée. Elle maugréait en effet quand on lui ordonnait les choses, il l’avait bien cernée. Le comportement de son danna semblait bien différent de celui de monsieur Kita. Et dire qu’elle avait espéré ce dernier l’espace d’un instant. Si elle lui en avait voulu terriblement de n’être pas présent lors du mizuage, aujourd’hui elle était soulagée. Un homme capable de battre une femme n’est pas un homme mais un monstre pensait-elle à présent.

 Aïna espérait que le kimono serait doré car cette couleur manquait à sa collection. Noir et or. Si seulement… Elle piaffait d’impatience. Les vêtements offerts par son danna étaient de véritables objets d’art. Certains étaient conservés dans un coffre  à la banque.

 Elle n’était pas amoureuse de son protecteur et ne le serait certainement jamais car on ne peut commander aux sentiments. Mais, il fallait admettre qu’il ne se servait pas d’elle physiquement. S’il l’avait effrayée lors de leur première rencontre, aujourd’hui elle commençait à comprendre son mode de fonctionnement et cela la rassurait un peu. Elle respecterait ce rapport de « directeur » à « employée ». La geisha regarderait ses pieds quand il monterait le ton et lui obéirait tant qu’il n’abuserait pas de sa force et que leur relation serait courtoise. En revanche, s’il advenait que l’homme lui manquât de respect, elle ne le laisserait pas agir comme Sayu  le faisait avec Monsieur Kita et peu importe ce qu’il pourrait lui en coûter.

 Elle remonta dans sa chambre et lut un peu la presse. On parlait du tournoi à venir et cela la fit frissonner. Elle espéra de tout son cœur ne pas être invitée. Abiko l’avait suppliée de renoncer la veille. Il avait certainement de très bonnes raisons même s’il n’avait pas voulu les lui dévoiler. Il semblait terrorisé.

L’article ne mentionnait rien de particulier. Il énonçait les sportifs présents, donnait quelques noms d’arbitres, de sponsors… Aïna avait espéré que les quelques lignes lui révèleraient quelque chose, la mettraient sur une piste. Il n’en fut rien.

Elle jeta le journal dans un coin et décida de s’occuper de ses ongles. Elle n’aimait pas les faire au dernier moment car lorsqu’ils n’avaient pas le temps de sécher suffisamment, ils collaient tout ce qu’elle touchait et s’abîmaient. Certaines geishas payaient pour ce service mais pas elle. Cela la reposait et lui permettait de ne penser à rien.

 Elle mangea rapidement. Du riz et quelques sashimis. Rien de tel pour la rassasier. Elle trouva des litchis dans le réfrigérateur. Elle en raffolait. Ils disparurent jusqu’au dernier.

 Alors qu’elle s’apprêtait à remonter dans ses appartements, on frappa.

C’était le chauffeur qui lui apportait les vêtements du soir. Elle le congédia très vite, rongée par la curiosité puis rejoint au plus vite sa chambre et déchiqueta le papier d’emballage. Lorsqu’elle souleva le couvercle et ôta le papier de soie, ses yeux s’écarquillèrent. Ils ressemblaient à 2 énormes billes qui lui mangeaient tout le visage. Puis résonna un « youpi » euphorique dans toute la maison. Aïna sautait sur place telle une petite fille qui découvre le jouet tellement désiré.

 Le kimono était noir et doré !

Les fils d’or faisaient des lignes arrondies, fines par endroit plus épaisses  à  d’autres. Pas d’image, de personnage ou que sais-je encore. Juste des motifs qui laissaient libre cours  à l’imagination. Ici on croyait voir la lune, ailleurs un arbre, plus loin une pluie d’étoiles… Elle avait à nouveau 5 ans et se revoyait allongée dans l’herbe, à regarder les nuages. Elle passait des heures ainsi à interpréter leurs formes. Elle y avait vu un dragon, un bateau viking, la mer et tant d’autres motifs encore. Une larme descendit le long de sa joue qu’elle sécha aussitôt d’un revers de manche. Elle était persuadée que ce kimono venait du quartier de Nishijin. Kyoto avait recouvré son artisanat après la guerre et les tisserands étaient de véritables magiciens. La soie était un matériau difficile à travailler. Elle avait devant-elle un véritable chef-d’œuvre.  Combien de temps leur avait-il fallu ? 6 mois ? Il était de toute beauté.

 Aujourd’hui était une belle journée. La soirée serait certainement très instructive. Elle décida qu’à partir de cette date, elle laisserait « traîner » ses oreilles. Si danger il y avait, elle se devait de le prévoir.

Sayu n’avait rien vu venir.

Et d’ailleurs, comment allait-elle ?

Il lui était impossible de l’appeler et elle n’avait pas le temps de se rendre de l’autre côté de la ville.

Elle descendit voir Ôga, sa beebe.

 -Ôga, j’ai un très grand service  à te demander.

-Cela doit être important pour que tu requières mon aide. Cela ne te ressemble pas dit-elle en lui offrant un large sourire.

-J’ai besoin que tu ailles voir une amie pour moi.

-Tu as de la chance, je viens de finir mon travail.

-C’est une visite un peu spéciale. Peux-tu me promettre de ne rien révéler de tout ce que je vais te dire ?

-Si c’est une courtisane, ne compte pas sur moi. Il en va de ma réputation.

-Ne t’inquiète pas. Ai-je ta parole que tu ne diras rien ?

-Oui, tu l’as.

-Voilà, mon amie Sayu a reçu une correction hier de la part de son danna. Celui-ci lui interdit toute visite.

-Alors pourquoi veux-tu y aller ? Si elle allait mal, elle serait allée à l’hôpital.

-Justement. Il ne veut pas. Il l’a attachée à son lit.

-Et tu penses que ses blessures sont graves ?

-Je le crois.

-Pourquoi ne pas appeler la police ?

-Elle me l’a défendu. Il la tuerait.

-Mais dans quoi t’es-tu fourrée ?

-Je ne sais pas. Mais c’est mon amie et j’ai peur pour elle.

- Ecoute-moi bien. Je vais y aller. Mais je ne le ferai qu’une seule fois. Si cela s’avère dangereux, je ne veux pas y être mêlée.

Aïna se jeta au cou de sa beebe et l’embrassa.

-Merci, merci.

-J’irai en fin de journée quand les rues se vident de leurs passants et que résonne alors le chant des oiseaux en cage. Tout semble paisible après 20 heures.

-Il faudra que tu regardes à l’arrière de la maison par la baie vitrée. Celle-ci n’est pas fermée à clef. Mais si jamais tu penses qu’il y a du monde  à l’intérieur, reste dehors. Cache-toi dans les buissons. Ils ne resteront pas bien longtemps. Sa chambre est située juste derrière la première porte à droite après le canapé. Donne-lui à boire, à manger, panse ses blessures. Aide-la s’il te plait et reviens vite me dire comment elle va. Je voulais y aller moi-même mais l’invitation de Monsieur Takeda démarre tôt dans la soirée.

-Alors file te préparer. Et ne t’inquiète pas. Je serai prudente et j’aiderai ton amie.

-Merci…

Aïna ne pût finir sa phrase que déjà la beebe la poussait dans les escaliers, et repartait vers la cuisine.

La jeune femme éclata de rire. Elle savait de qui elle tenait son caractère.

 

27 mars 2016 2 Commentaires

KIMONO DU DÉSIR CHAPITRE 11

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Dès le lendemain Aina essaya de rentrer en contact avec Sayu. Elle appela chez elle mais personne ne répondit. Elle tenta de la joindre une vingtaine de fois sans succès. Elle décida alors de se rendre chez son amie, à ses risques et périls.

Elle mit des vêtements sombres et des chaussures basses comme à chaque fois qu’elle s’aventurait au dehors sans être accompagnée. Quelque chose en elle, lui disait de faire vite. Elle avait cauchemardé la veille et cela ne présageait rien de bon.

Il pleuvait et c’est complètement trempée qu’elle sonnât à la porte quinze minutes plus tard.

Personne ne vint lui ouvrir.

Elle persévéra.

Sans réponse, elle décida de faire le tour de la maison. Il y avait peu d’ouvertures mais Aina risqua tout de même un œil par une fenêtre.

C’est alors qu’elle vit l’état de la chambre. Tout était sans dessus dessous comme s’il y avait eu une bagarre. Le couvre-lit se trouvait  à un bout de la pièce, les draps de l’autre. La table de nuit était renversée. Les vêtements traînaient sur le sol.

Aina prit peur. On s’était battu ici et elle redoutait maintenant le pire.

Elle poussa un peu sur la fenêtre qui à sa grande surprise s’ouvrit. Regardant d’abord autour d’elle afin de s’assurer que personne ne l’observait, elle enleva ses chaussures et entra.

Elle marchait sur la pointe des pieds, toute tremblotante, espérant presque ne pas trouver son amie.  Si cadavre il y avait, elle hurlerait !

C’est avec beaucoup de précautions qu’elle visita chaque pièce, en faisant bien attention de ne toucher  à rien.

Alors qu’elle s’apprêtait à sortir, elle entendit le bruit d’une portière que l’on claquait. Elle prit garde de bien refermer la vitre, respirant de n’être pas sur une scène de crime et elle resta tapie dans le fond du jardin, entre les buissons. La lumière se fit dans la maison et c’est avec satisfaction que la jeune-femme vit son amie. Celle-ci regardait le sol. Elle semblait apeurée. Monsieur Kita la prit sauvagement par le bras et la poussa en avant.

Aina reconnu quelques mots : C’est malin, regarde, tu as certainement trop parlé.

L’homme faisait maintenant les cent pas dans la maison, balayant brutalement du pied tout objet qui se mettait en travers de son chemin.

Quand il fut plus calme, il saisit à nouveau Sayu et l’emmena dans la chambre.

Aina ne voyait plus rien, n’entendait guère plus. Elle décida de rester là, dans le noir. Prête  à bondir si Sayu se mettait à crier.

Elle attendit longtemps avant d’entendre la voiture qui s’éloignait, signifiant que le champ était libre.

Téméraire, elle entra  à nouveau dans la maison.

Elle risqua un œil dans chaque pièce.

C’est alors qu’elle découvrit son amie étendue sur le lit, attachée aux barreaux.

Celle-ci respirait bruyamment. Elle avait des ecchymoses sur le visage.

Quand Aina alluma la petite lampe, elle poussa un cri. Le corps entier de Sayu n’était plus qu’une plaie béante.

Elle ôta le bâillon de la bouche de la jeune femme.

Celle-ci réussit à articuler quelques mots alors qu’Aina se précipitait déjà vers le téléphone.

-Non, n’appelle pas la police. Il s’en prendrait alors aux gens que j’aime. Il est impitoyable et tous ceux qu’il fréquente ne valent guère mieux.

-Je vais te chercher un peu d’eau et je t’emmène  à l’hôpital.

-Non, tu ne comprends donc rien ! Il croit que tout ce qui lui arrive est de ma faute alors que je n’y suis pour rien. Ca va aller. Laisse-moi. Rentre chez toi.

Sayu hoquetait  à présent. Sa respiration devenait de plus en plus difficile. Parler lui demandait beaucoup d’efforts.

-Je vais me reposer. Demain, j’irai déjà mieux. Allez, sauve-toi. On ne doit pas te trouver ici. Nous sommes tellement peu de choses comparée à ces gros cartels…J’ai besoin de me reposer. Il ne peut plus rien me faire, sauve-toi.

Aina essaya de la contredire mais elle voyait bien à quel point la jeune femme était déterminée.

C’est donc  à regret qu’elle quitta la pièce pour repartir vers son okiya, les yeux tout embués de larmes…

 Sa nuit fut agitée. Elle ne pouvait ôter de sa tête la vision du corps meurtri de son amie.

Monsieur Kita était un monstre. Elle s’en voulut de ne pas avoir prévenu la police. Son amie aurait été soignée.

Aina ignorait véritablement l’état dans lequel elle avait laissé Sayu. Avait-elle quelque chose de casser ou une hémorragie ? Que cachaient véritablement toutes ces contusions ?

Soudain, elle eut terriblement peur.  Si la jeune femme ne survivait pas, elle ne se le pardonnerait pas. Elle la vengerait. Elle s’en faisait la promesse lorsqu’Aki, l’ôkasan frappa à la porte de sa chambre.

-Aina, il y a en bas un homme qui aimerait te parler. J’ai essayé de le congédier car ce n’est pas une heure pour venir chez les gens mais il assure que c’est important.

 Aina se leva en moins de temps qu’il ne me faut pour l’écrire et se précipita au dehors.

 C’était Abiko Kantaro, le sumotori que Monsieur Kita lui avait présenté.

Devant sa mine déconfite, la geisha comprit qu’il n’allait pas bien. Comme Sayu, lors de leur dernier rendez-vous, il regardait sans cesse autour de lui.

-Bonsoir, je suis désolé de vous déranger  à cette heure mais j’ai vu ce qu’ils ont fait  à votre amie.

-Comment saviez-vous que c’était mon amie ?

-Elle me l’a dit, nous parlions parfois.

-Que souhaitez-vous me dire réellement ?

-Je ne cautionne pas la violence et Monsieur Kita est allé trop loin. Je ne veux ni ne peux vous en dire davantage sans risquer de vous mettre en danger. Mais sachez que j’ai refusé de participer au combat qui s’annonce car je sais qu’il sera truqué.

-Il ne vous laissera pas faire.

-Je sais que je risque gros mais j’ai trop de respect pour ce sport. Je ne ferai pas ce qu’ils me demandent.

-Que puis-je faire ?

-Vous en savez déjà trop. Protégez-vous. Ne venez pas assister aux combats même si on vous le demande. Vous devez ignorer tout ce qui se passe. D’autres avant vous ont disparu et je vous estime trop pour permettre qu’il vous arrive la même chose. J’aurais dû parler plus tôt…

 Un bruit de moteur, ralentissant, parvint  à leurs oreilles. Abiko s’enfuit alors aussi vite qu’il le pût par le jardin et la geisha rentra en toute hâte dans la maison.

Elle resta quelques minutes adossée  à la porte d’entrée  à écouter au dehors, essayant de se calmer.

 Que se passait-il ?

 Demain, elle voulait être déjà demain pour prendre des nouvelles de Sayu.

 Elle regardait désespérément le cadran de l’horloge. Il lui semblait que parfois celle-ci faisait exprès de ralentir. Une clepsydre aurait tout aussi bien fait l’affaire. Elle aurait compté les gouttes tombant une  à une, avec une régularité effrayante. Peut-être aurait-elle alors trouvé le sommeil ?

 Il y avait à peine quelques jours encore, elle pensait qu’elle régnerait sur les hommes en « super geisha ». Quelle tristesse de voir qu’elle ne contrôlait rien en fait, rien du tout. Le Japon était un monde fait par les hommes et pour eux-mêmes. Les femmes restaient  à leur place. Dans la cuisine pour certaines, dans les maisons de thé pour d’autres divertissant au mieux ces énergumènes aux dents acérées assoiffés de pouvoir.

Voilà, maintenant elle voyait tout en noir. Elle sentait naître en elle une haine terrible envers la gente masculine.

Pauvre princesse dont le rêve était parti en fumée !

Jamais elle n’aurait imaginé que le monde réel fut aussi dur. Elle se rendait compte que finalement maïkos et geishas étaient élevées dans un cocon malgré la difficulté des matières enseignées.

Jamais on ne parlait de l’après.

Comme elle aurait aimé en savoir davantage sur le mizuage.

Si faire l’amour se résumait à cela, elle ne se serait pas autant inquiétée ni posé de questions sur ce sujet. C’était douloureux certes mais rapide. Son égo avait bien plus souffert que sa personne. Pas un mot, pas un regard. Quelle étrange coutume finalement que ce mizuage. La seule satisfaction qu’elle en tirait était de pouvoir racheter son contrat.

 La question de l’absence de Monsieur Kita sur ce sujet  la perturba à nouveau. D’ordinaire, une future geisha était présentée aux hommes susceptibles de faire une offre. Pour ce qui était d’Aina, la surprise était totale. Elle n’avait même jamais entendu parler de Monsieur Takeda avant cette nuit.

 

A trop penser, elle eut un mal de tête épouvantable.

Il était 4 heures.

Elle prit un livre et s’endormit au bout de quelques pages…épuisée.

27 mars 2016 1 Commentaire

L’artriste !

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